L'élevage comme miroir du rapport au monde et à la nature

Toutes les sociétés humaines ne pensent pas le monde qui les entoure de la même façon ; ce qui les conduit à classer les objets vivants ou inanimés dans des catégories différentes, en fonction de leur conception de l’origine du monde et de la place qu’elles leur assignent vis-à-vis des humains. En particulier, la séparation très claire que l’homme établit avec les autres êtres vivants n’est pas universelle. Elle est même totalement étrangère à bien des peuples. Les anthropologues identifient ainsi quatre grandes conceptions.

La pensée naturaliste
(Occident moderne)

Concours général agricole des meilleures laitières

Elle est construite sur l’opposition entre l’homme et les autres espèces vivantes. Toutes sont réglées par les mêmes mécanismes naturels mais l’homme est la seule entité douée de la faculté de penser. La culture est l’émanation du genre humain et la nature est à son service pour satisfaire ses besoins. La connaissance scientifique lui permet de la maîtriser et d’assurer sa préservation.

La pensée totémiste
(Aborigènes australiens)

Photo Charles Freger Wilder Mann

Les humains, plantes, animaux sont issus d’un même totem, apparu lors d’un rêve initial. Il n’y a donc pas de différence entre un homme et un animal du même totem. Par contre, des différences existent entre les groupes « humain – totem », ce qui génère des tabous mais autorise la consommation de ce qui ne relève pas du même totem.

La pensée analogique
(Chine ancienne)

Représentation chinoise de la vache

L’homme est un être vivant en miniature, à l’image du monde ; tous deux étant construits sur l’opposition entre l’énergie yin et l’énergie yang et par la mutation permanente de l’une vers l’autre. Des correspondances sont établies entre les constituants de l’univers, les organes et viscères du corps, les couleurs, les signes astrologiques représentés par des animaux.

La pensée animiste
(Afrique)

Cérémonie chez les Dogons dans le village de Tireli (Mali)

Chaque catégorie identifiée (espèce animale ou végétale, eau, roche…) est considérée à l’égal d’un groupe humain. Pour satisfaire ses besoins, l’homme doit donc dialoguer et négocier en permanence avec elles durant des cérémonies rituelles.

Dans les sociétés occidentales naturalistes, les agriculteurs peuvent convoquer des façons de penser et d’agir qui réfèrent en même temps à d’autres ontologies ; leurs expériences et confrontations à la nature peuvent mettre à l’épreuve cette distinction naturaliste homme – nature et ils peuvent établir d’autres formes d’attachements.

Différents points de vue de l'éleveur

Publicité de promotion de la pensée anti-spéciste qui récuse la notion de hiérarchie entre les espèces animales, donc la supériorité de l’espèce humaine sur les animaux qui recourt aux émotions et à la culpabilité pour dénoncer des comportements humains vis-à-vis des animaux Militant de la cause animale A l’opposé, chez celles et ceux qui se revendiquent de l’absence d’une distinction entre homme et animal, paradoxalement, il ne s’agit pas de la remise en cause du naturalisme qui s’accompagnerait d’une revitalisation d’une autre ontologie, comme on peut l’observer chez certains éleveurs. Ce n’est ni une conception animiste chez qui la mort des entités de nature est négociée selon des règles qui inscrivent les unes et les autres dans la nature. Ce n’est pas non plus une conception totémiste qui passe par une identification de l’homme à un animal, ni même une pensée analogique qui Campagne de promotion de l’association anti-spéciste L214, qui combat toutes les formes d’exploitation animales dont l’élevage et la consommation de produits animaux et qui prône l’indifférenciation entre humains et animaux rechercherait des similitudes de fonctionnement ou même de comportement entre animaux et hommes comme représentations similaires d’un même univers. Il s’agit plutôt d’une sorte de « post-naturalisme », prolongeant le projet d’émancipation de l’homme vis-à-vis de la nature, où il s’agit d’accueillir certains membres de la nature dans la sphère de l’humanité, tout se passant comme si nous étions indépendants de cette nature.