La brucellose dans le massif du Bargy (Haute Savoie)

Un foyer de brucellose
(Brucella melitensis), maladie infectieuse grave touchant à la fois l’homme (deux enfants) et deux bovins sur la commune du Grand-Bornand (au sud du massif du Bargy), berceau du reblochon, a été mis en évidence en avril 2012, suite à l’avortement de l’une des vaches d’un troupeau de bovins laitiers.
La bactérie est essentiellement excrétée par le lait, l’urine et les fèces mais aussi et surtout lors d’avortements. Si les animaux se contaminent par ingestion d’herbe souillée, voire par voie vénérienne, respiratoire ou cutanée, l’homme, quant à lui, s’infecte par ingestion de produits dérivés du lait, de fromages au lait cru en particulier mais aussi lors de contacts avec des animaux malades, des carcasses, des produits d’avortement.
La présence du dernier foyer de brucellose dans la région datait de 1999. Des bovins ainsi qu’un troupeau de moutons, exploitaient sur le massif du Bargy des pâturages parcourus par des bouquetins réintroduits dans cette zone de 1974 à 1976 ainsi que par des chamois et par des chevreuils. À l’époque, l’ensemble du troupeau avait été abattu et la maladie n’était pas réapparue.

Selon certains experts, les bouquetins se seraient contaminés au début des années 2000 à partir des animaux domestiques fréquentant les mêmes pâturages. La population de bouquetins aurait donc hébergé la bactérie pendant 13 ans sans contaminer les ruminants, la transmission entre espèces étant très difficile. La nouvelle contamination des bovins pourrait être le fait des chiens de ferme qui auraient pu être contaminés en ingérant des produits d’avortement.
Cette maladie fait l’objet en France d’une déclaration obligatoire et nécessite la mise en place de mesures sanitaires drastiques (abattage de la totalité des troupeaux atteints). Mais le bouquetin étant une espèce sauvage protégée, son abattage nécessite une dérogation et un conflit a opposé les pouvoirs publics qui souhaitaient un abattage massif des bouquetins pour réduire les risques de contamination des troupeaux, des consommateurs de produits d’élevage et les naturalistes qui remettent en cause l’efficacité de la mesure et s’inquiètent de son impact sur l’écosystème.
La brucellose est ainsi un révélateur des interactions entre la faune sauvage, l’écosystème et l’économie agricole et pastorale et amène à s’interroger sur les modalités de la gestion de ces interactions pour concilier qualité sanitaire des produits, pastoralisme et relation faune sauvage – faune domestique.